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André Deljarry

Les CCI se dirigent vers une régionalisation évidente

Publiée le mardi 10 Juin 2014 - La CCI Hérault

Au bout de trente mois passés à la tête de la chambre consulaire de Montpellier, l’heure est venue de dresser un premier bilan de l’action d’André Deljarry. Alors que l’avenir des CCI s’obscurcit, celui-ci affirme qu’un nouveau modèle s’impose. Y compris dans ses relations avec le nouveau maire, Philippe Saurel, quelque peu complexes depuis la campagne des municipales. Interview réalisées par;Jean-Claude Gallo et Anthony Rey pour Objectif Languedoc-Roussillon de juin 2014.

Vous arrivez à mi-mandat. Qu’avez-vous entrepris de plus fort en deux ans et demi ?

Il a d’abord fallu oeuvrer à l’apaisement(1) du monde patronal. Il devenait urgent de le faire participer davantage à la gouvernance de la CCI. Il y a aujourd’hui 120 élus et 300 ambassadeurs qui travaillent gracieusement pour la chambre au quotidien : ce n’était jamais arrivé. C’est donc un premier pari gagné quant à la participation des entrepreneurs. Le point d’orgue a été le Grand Défi, l’événement que nous avons organisé à l’automne. Nous attendions 2 000 personnes, et nous en avons eu 3 000. C’est bien la preuve que la mayonnaise a pris, et que la chambre a changé la façon dont elle se présente. Ensuite, il nous fallait travailler avec toutes les collectivités, quelles qu’elles soient. On évoque souvent Montpellier de façon réductrice à ce propos, car la CCI couvre en fait 177 communes soit neuf intercommunalités, dont deux agglomérations.

Philippe Saurel, dans nos pages, indique pourtant que le politique doit reprendre la main sur le développement commercial de la ville. Votre réaction ?

Philippe Saurel se trompe s’il pense que cette question est du seul ressort de la Ville ou de la CCI. En réalité, cela revient aux deux. C’est pour cette raison que nous avions proposé, dans un premier temps, une gouvernance partagée. C’était une erreur, sur laquelle nous sommes revenus. Mais il nous faudra bien une gouvernance où le monde patronal puisse participer, même avec un seul siège, et faire valoir son point de vue. Il faut trouver un système où les dossiers sont communs, afin qu’on puisse les faire sortir ensemble. Sinon, nous reviendrons vers l’ancien système, où un projet comme Odysseum est resté bloqué durant quinze ans.

Vous avez mentionné le Grand Défi. Était-ce le rôle de la CCI de livrer, ainsi, sa vision de la ville ?

Certains nous font ce reproche maintenant que Philippe Saurel a gagné… Mais peut-on reprocher au monde économique d’être force de proposition ? Rien n’a été caché au sujet du Grand Défi. Toutes les études préparatoires ont été envoyées aux neuf Agglos. Je n’ai eu aucune réflexion à ce sujet. Les élus semblaient au contraire heureux d’avoir un président de CCI qui fasse, selon eux, « avancer le schmilblick ».

Mon seul objectif était de réunir tous les acteurs du commerce et de l’économie locale. Et vous noterez que pas un seul des élus présents sur scène n’a pris la parole. Le seul qui l’a fait, c’est mon autorité de tutelle, le Préfet de région ! Moi, je suis définitivement ancré dans la politique économique. J’ai toujours su que la frontière séparant le politique de l’économique est infime. Or, je ne l’ai jamais franchie. Ceux qui conseillent à Philippe Saurel de dire qu’il reprend la main au motif que Deljarry serait dangereux se trompent.

Philippe Saurel dénonce, et avec lui certaines figures du commerce de centre-ville, la trop grande surface commerciale en préparation en périphérie de la ville. L’entendez-vous ?

Il ne faut pas opposer les deux. Il ne peut pas y avoir de périphérie sans centre-ville fort. Après, vous savez comment se passent les élections… Selon toutes les études, on ne pourra pas mettre plus de 100 000 m2 de surfaces commerciales supplémentaires dans les dix ans. Mais durant la campagne, on a utilisé cet argument contre moi, en disant que je voulais en faire 100 000 par an ! Or, savez-vous qu’en arrivant à la CCI, j’ai trouvé pour 300 000 m2 de projets en gestation dans les cartons des collectivités ? J’ai été le premier à dire que c’était fou.

Aujourd’hui, la campagne est finie. Il faut dépassionner le débat. Dans une économie aussi dégradée que la nôtre, on ne peut plus se payer le luxe d’opposer élus et patrons. Nous devons travailler ensemble. Philippe Saurel et moi avons des points de convergence.

Pourtant, vous affichez tous deux une forte divergence sur l’implantation de Sup de Co dans le futur quartier d’affaires OZ. Sur ce dossier, pourrez-vous travailler avec lui ?

Oui, et lui avec moi ! Tout est parti d’une idée simple : Sup de Co est installée sur un site vieux de 40 ans, ce qui n’est pas viable à long terme. Il faut donc déplacer l’école vers un nouveau site où nous pourrons l’inscrire dans les décennies à venir. Pour que ça fonctionne, j’en ai parlé à mes élus, puis à l’assemblée de la CCI, puis aux élus de Sup de Co, puis à ceux de la CCI Languedoc-Roussillon. Au total, plus d’une centaine d’élus ont été consultés. J’ai alors reçu des courriers de certains maires, comme ceux de Saint-Georges-d’Orques ou de Castelnau-le-Lez, qui voulaient se positionner. Je suis même allé visiter les terrains qu’ils me proposaient… Mais quand l’Agglo l’a appris, on m’a fait savoir que l’école ne devait pas partir hors de Montpellier. La volonté de l’installer sur OZ est née ainsi. Le président d’une agglo comme Montpellier a tout intérêt à avoir une grande école.

Selon Philippe Saurel, l’opération ne sera possible que si vous vendez à bon prix le site actuel. Et pour cela, vous avez besoin d’un nouveau zonage, que seule la Ville peut voter.

Non, l’idée de doubler le coefficient d’occupation des sols (COS) vient de moi. Jean-Pierre Moure (ex-président de l’Agglo, NDLR) avait dit oui, et maintenant le dialogue doit s’engager avec la nouvelle Agglo. Je n’ai fait qu’un calcul simple. Nous avons aujourd’hui un COS de 1, et je demande un COS de 2(2) pour qu’on arrive à vendre au meilleur prix. Nous pourrions alors récupérer deux fois plus, entre 35 et 40 M€ au lieu de 20 M€, à rapporter aux 100 ou 120 M€ que coûtera le futur projet de Sup de Co.

Quelles sont vos priorités actuelles ?

Nous devons d’abord redonner une dynamique au commerce de centre-ville. Toutes les études que nous avons diligentées, payées pour moitié par les collectivités et pour moitié par la CCI, vont dans ce sens. (Il saisit un épais dossier intitulé « Propreté en centre-ville », avec des photos montrant l’état de saleté de nombreuses places et rues de la ville) Moi, je dis non à tout ça. Il faut travailler non pas sur un parcours marchand qui se limite à la question de savoir comment on circule, mais sur un circuit marchand qui identifie les enseignes adaptées pour que le parcours soit efficace. Et ça, c’est Deljarry qui peut le dire, car c’est au coeur de nos missions.

Cela suppose de travailler sur la sécurité et sur la propreté. On peut imaginer installer une génération de poubelles différemment designées. Il faut aussi travailler sur l’accessibilité de la ville, en instaurant une tarification inversée dans les parkings. Il y a enfin de nombreux gisements de croissance : énergies renouvelables, tourisme, économie productive, nautisme, numérique, primo-dépendance, bâtiment durable, oenotourisme, etc. Ce sont les filières du futur. C’est là où le président de l’Agglo devra faire un vrai choix, et dire quelle thématique nous identifiera dans vingt ans.

Faut-il créer une agence de développement économique ?

Oui. Nous avions Montpellier Unlimited, une marque qu’on nous a parfois reproché d’avoir endossée. Philippe Saurel la remplace par Sud de France, ce qui est une bonne chose, au vu du coût global. Mais l’important n’est pas la marque. Ce qu’il nous faut, c’est une agence pour faire venir de nouvelles entreprises sur le territoire. Voyez ce que nous faisons avec une opération comme Visio Commerce. Sur la première édition, en 2013, nous avons attiré 20 enseignes. Pour la prochaine, en juin ou en septembre, nous en attendons 25 à 50. C’est pour nous le moyen de réunir des élus, qui vont montrer à ces enseignes ce qu’ils ont à vendre sur le territoire.

Comment voyez-vous l’avenir de la CCI de Montpellier ? Tourné vers la fusion avec Sète ?

La fusion avec Sète est une question déjà dépassée. La réflexion que nous avons menée, avec Bernard Fourcade (président de la CCI Languedoc-Roussillon, NDLR), portait sur une CCI par département. Vu la chute des ressources imposée aux chambres, ce ne sera même pas possible. Nous nous dirigeons vers une régionalisation évidente. Il y aura des établissements avec des priorités, telles que la formation. Les thématiques comme le tourisme ou l’international seront régionalisées. L’État a raison sur un point : nous devons mutualiser le maximum de fonctions. Cela nous donnera une vision plus large.

Par exemple sur la question des aéroports. Je ne demande pas de fermer ceux de Béziers ou Nîmes. Mais face à celui de Montpellier, il faut leur donner une nouvelle orientation. Les canadairs sont déjà à Nîmes. On pourrait ensuite installer la maintenance à Béziers.

(1) Dans les mois précédant l’élection d’André Deljarry, en décembre 2011, la CCI a été le terrain d’un violent affrontement entre le Medef 34 et la CGPME 34, qui avait notamment vu l’élection de Gabrielle Deloncle, avant que celle-ci ne soit annulée et la chambre dissoute par le préfet Claude Baland.

(2) Le COS représente pour un terrain le ratio de constructibilité : un terrain bénéficiant d’un COS de 2 pourra multiplier par 2 sa surface projetée en surface de plancher.

Photos © Edouard Hannoteaux

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